La saga de Mme Thomas à L’école ND de la Consolation
1e chapitre :
Années scolaires 1966-67 et 1967-68.
J’ai commencé ma carrière à l’école du Sacré-Cœur en septembre 1966. A cette époque, il n’y avait que des filles et des institutrices. La mixité vint en 1976.
Il y avait une section francophone et une section néerlandophone. Les élèves n’étaient séparées que pour les cours.
Pierre, mon mari était journaliste à l’Echo de la Bourse et nous avions une fille, Béatrice, de 15 mois, que je confiais à une gardienne privée.
Depuis le mois de juillet, nous habitions chaussée de St Job près de la place. Et je fus heureuse de trouver une place aussi près. Je venais à l’école en 2CV et en chemin je déposais ma fille chez la gardienne.
Les premières personnes qui j’ai rencontrées furent sœur Marie-Léopold, la directrice et sœur Yves Gérard, la supérieure, institutrice à la retraite si je me souviens bien.
Ces religieuses m’ont dit que pour être nommée, je devais enseigner aussi bien que sœur Louise, qui avait quitté Uccle et que je ne connaissais pas !
Je n’ai pas visité l’école !
Fin août, vint enfin le jour de la réunion des institutrices … presque tout le monde pleurait, surtout une grande dame mince, Mme Devillé. Elles regrettaient le départ de Mère Claire et de sœur André.
Mes collègues étaient Monique, en 1e année, avec moi. En 2e, c’était Mme Gérard, en 3e Mme Léa, en 4é Mme Devillé, en 5e Mme Lefèvre, en 6e Mme Bertrand et au 4é degré, Melle Ursule.
En maternelle, Mme Nelly avait les tout petits puis Mme Musy, la 2e année et Mme Devogelaer la 3e.
La section flamande avait Melle Devalck comme directrice, sœur Pascale en maternelle. Je ne me souviens plus du nom des autres.
J’ai appris plus tard que Melle Devalck s’est longtemps occupée de remplir les papiers officiels des deux sections.
La classe qui me fut attribuée était au nord, en haut à droite de l’escalier.
Je fus très étonnée à la vue des châssis métallique dont une partie s’ouvrait un peu, à condition que je tire de toutes mes forces, de tout mon poids, sur une chaîne !
Les radiateurs aussi étaient étonnants : un gros tuyau entouré d’ailettes dans lequel circulait de la vapeur d’eau !
Une autre surprise : les toilettes, dans une espèce de blockhaus en béton, sans chasse d’eau. Je n’avais plus rien vu de tel depuis l’âge de 8 ans ! Je n’y mettais pas les pieds, comme les autres j’utilisais les toilettes du couvent.
A 10h30, sœur Monique nous servait du café chez les sœurs, dans la grande pièce qui donne sur le jardin. Une cloche sonnait la fin de la création et nous arrivions, à l’aise !
Les surveillances se faisaient en général, à tour de rôle sans aucune rémunération. Voici ce qui nous incombait …
La cour avant le début des cours et après les cours ; les récréations du matin et de l’après-midi, ainsi que l’étude de 16 à 17h.
Le dîner chaud des élèves de maternelle était servi chez les sœurs, sous la surveillance de sœur Gabrielle, là où nous prenions le café et les primaires mangeaient aussi chez les sœurs, dans la grande salle donnant à la fois sur le jardin et sur la rue du Bourdon.
Le « dîner tartine » avait lieu à l’école, au 1e étage, au-dessus de la scène, sous la surveillance de Mme Gérard.
Nous devions également accompagner les élèves en rang, jusque l’avenue du Silence, jusque la chaussée de Drogenbos et aussi faire traverser la rue du Bourdon.
Un bus assurait le ramassage et le retour des élèves. Il était surveillé par un instituteur, payé par la commune et par sœur Aloïse, aussi une institutrice à la retraite.
Nous devions aussi balayer notre classe et laver les fenêtres … Balayer, je l’ai fait, mais laver les vitres : jamais ! Certaines le faisaient et d’autres payaient le papa de Martine Coning pour le faire !
Autre charge supplémentaire : l’épargne scolaire, la distribution de l’Orlix, boisson chocolatée, et les comptes du mois car les parents payaient les repas chauds, le potage, l’Orlix, boisson chocolatée, préparée sur place, et plus tard les berlingots de lait, l’abonnement à une revue, les sorties … Nous ramassions l’argent, vérifions faisions le total et remettions le tout à la directrice.
Distribution d’Orlix puis de lait, petite explication : pendant la guerre, énormément d’enfants furent sous-alimentés et la décision fut prise de distribuer, dans les écoles, une boisson à base de lait. Cette distribution fut gratuite puis remplacée par les berlingots de lait qui furent payants.
Au sujet de la guerre, nous avons retrouvé dans les vieux registres : « Absent car n’a plus de chaussures » ou « Absent car parti en province ». On ne trouvait pas de lait ni assez de nourriture dans les villes.
Il y avait aussi plusieurs fêtes scolaires : St Nicolas, pendant laquelle les élèves présentaient une danse sur la scène avant la venue de grand saint ; un souper au fromage et une fête vers le mois de mai : corso fleuri pour les maternelles et gymnastique pour les primaires.
La kermesse aux boudins se tenaient alternativement à l’école des filles et à l’école des garçons.
Il y avait aussi une fête organisée par la paroisse pour récolter des fonds afin de construire une nouvelle église.
La dalle qui recouvre la « salle des fêtes » a été placée plus tard, un « balcon » desservait les classes du 1e étage, de là on voyait la salle du rez-de-chaussée. C’est dans cette salle que se donnaient les cours de gymnastique.
La veille des fêtes, 4 personnes : M. Musy, Devillé, et deux papas d’élèves, tendaient d’énormes tissus bleus et en accrochaient d’autres devant les fenêtres du rez-de-chaussée. Ces messieurs étaient amis et se retrouvaient le dimanche après la messe au Kring pour des parties de cartes. (Le Kring a été racheté par le PO de l’école flamande)
En tant que nouvelle enseignante, je fus bien aidée par Mme Gérard. Sœur Léopold, revenant du Congo, était dépassée ! Par exemple, elle souhait que nous utilisions des ardoises au lieu de cahiers. Elle ne resta que 2 ans.
A la fin de la 2e année de fonction, rien ne m’ayant été reproché, je fus « nommée définitivement ». Le président du pouvoir organisateur, PO, était M. Deleener, dentiste, habitant rue de Calevoet.
En juin, Sœur Yves-Gérard, me recommanda vivement de suivre la formation « Jean qui rit », méthode de lecture gestuelle, organisée à Ixelles. Je payai volontiers les frais d’inscription, de trajets, de repas, de matériels, et de garderie de ma fille pendant une semaine.
J’ai tout de suite été emballée par cette méthode qui faisait bouger les élèves et faisait appel à leur mémoire corporelle, visuelle et même affective, grâce aux gestes, aux chants, aux histoires et aux affiches, même si elles étaient désuètes.
L’année suivante, ma collègue Monique ne revint pas et elle fut remplacée par sœur Louise. Peu avant la rentrée, Sœur Louise me téléphona pour me dire, très fermement, qu’elle n’emploierait pas la méthode gestuelle, et qu’elle ne voulait pas que je l’emploie non plus. Je lui dis qu’elle ferait ce qu’elle voudrait dans sa classe, mais que j’appliquerais cette méthode, chaleureusement recommandée par Sœur Yves-Gérard, qui était sa supérieure.
Sœur Marie-Léopold fut remplacée par sœur Marie-Béatrice. La discipline se durcit à tous les niveaux, mais ce sera, le sujet du 2e épisode.

Cette photo date d’avant 1966 ! Je n’ai pas connu les rosiers et la cour était déjà pavée.
